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Comment les investissements chinois remodèlent le paysage immobilier et commercial du Maroc

La Chine investit des milliards au Maroc pour contourner les tarifs douaniers occidentaux et accéder aux marchés européens grâce à ses accords commerciaux stratégiques

Orchid Island

Équipe éditoriale

6 min de lecture

Port de fret et développement industriel représentant les investissements chinois au Maroc

Le Maroc est devenu un acteur important sur l’échiquier commercial mondial, non pas en raison de sa taille ou de sa force militaire, mais en raison de sa situation stratégique, de sa capacité industrielle et de ses accords commerciaux favorables. Le pays est devenu une destination populaire pour les entreprises chinoises cherchant à accéder aux marchés européens ces dernières années, malgré la hausse des barrières commerciales. Quel est le résultat ? Le résultat ? Un afflux massif d’investissements chinois, estimés à plus de 10 milliards de dollars, affluant vers les secteurs marocains de l’automobile, de l’énergie et de la fabrication de batteries.

Le Maroc est le plus grand centre de fabrication automobile d’Afrique

Au cours des deux dernières décennies, le Maroc a développé tranquillement l’un des écosystèmes automobiles les plus avancés au monde. Le pays est le plus grand exportateur de voitures d’Afrique, dépassant la Chine d’ici 2023. Des acteurs majeurs tels que Stellantis et Renault sont déjà en place.

Aujourd’hui, les entreprises chinoises emboîtent le pas.

Gotion High-Tech, l'un des principaux fabricants de batteries pour véhicules électriques, s'est installé au Maroc. Sentury Tire, par exemple, étend également sa présence. Ces investissements ne visent pas seulement à se rapprocher de l’Europe, mais également à contourner les droits de douane imposés par les économies occidentales sur les produits chinois.

Un pays « connecteur » stratégique

L’attrait du Maroc réside dans son accord de libre-échange avec l’Union européenne – un ticket d’or pour les fabricants qui souhaitent éviter des droits de douane élevés. Produire au Maroc est un moyen pour les constructeurs automobiles chinois d’éviter les tarifs douaniers américains à 100 % et jusqu’à 45 % des tarifs européens. Ils peuvent étiqueter leurs produits comme « Made in Morocco » pour accéder aux marchés européens.

Les experts qualifient le Maroc de pays « connecteur », un endroit où les entreprises étrangères peuvent établir une production locale tout en utilisant les accords commerciaux existants pour atteindre des marchés plus vastes.

Alexandre Kateb explique que le Maroc possède des avantages à la fois géopolitiques et infrastructurels. Le port en eau profonde du Maroc, son réseau logistique moderne et ses abondantes réserves de phosphate, essentielles à la production de batteries, en font une plaque tournante pour les fabricants chinois de véhicules électriques (VE) qui cherchent à se développer à l’international.

Loi sur l’équilibre géopolitique

Le Maroc est sur une bonne voie, malgré les bénéfices de la croissance économique. La Chine est d’un côté, offrant des milliards de dollars d’investissement via des initiatives telles que le programme « la Ceinture et la Route ». Les États-Unis et l’Union européenne, qui restent des partenaires importants en matière de stabilité, de sécurité et de défense régionales, sont de l’autre côté.

La présence croissante de la Chine comprend :

  • Un gazoduc nigérian-marocain de 26 milliards de dollars fabriqué en acier chinois
  • Une coentreprise pour produire des composants de batteries d'une valeur de 2 milliards de dollars à Jorf Lasfar
  • Projets pour la mégausine de 1.3 milliard de dollars de Gotion, la première de ce type en Afrique

Le Maroc devrait être prudent. Washington a prévenu que les pays qui jouent sur les deux côtés de la barrière pourraient en subir les conséquences. Des tarifs allant jusqu’à 145 % ont été imposés sur certaines importations sous l’administration Trump. Le Maroc est conscient qu’une dépendance excessive à l’égard de la Chine peut menacer ses relations de longue date avec l’Occident.

Ahmed Aboudouh est chercheur associé à Chatham House. Il note que le Maroc considère la Chine comme un allié stratégique, mais qu’il reste parfaitement conscient de la réaction potentielle des États-Unis dans une nouvelle administration. Le royaume entretient des liens étroits avec l'OTAN et collabore à la lutte contre le terrorisme. Elle espère également acquérir des chasseurs à réaction américains F-35. Autant de signes que les relations entre le Maroc et l’Occident restent vitales.

La stratégie de couverture du Maroc

Le Maroc ne choisit pas son camp, il se protège. Le Maroc le fait depuis des années. Il équilibre la diplomatie et le développement et navigue entre l’Est et l’Ouest. Jusqu’à présent, l’engagement des deux parties a été maintenu.

Les investissements chinois ont contribué au développement de :

  • Lignes ferroviaires à grande vitesse
  • Centrales solaires
  • Tanger va se doter d'un parc technologique de 10 milliards de dollars

Le Maroc bénéficie d’un accord de libre-échange entre les États-Unis et le Maroc et entretient de solides relations diplomatiques et militaires avec Washington. Le Maroc a une marge de manœuvre avec cette double stratégie, du moins pour le moment.

Cette flexibilité pourrait diminuer à mesure que les tensions s’accentuent entre la Chine et les pays occidentaux. Donald Trump, s’il devait revenir à la Maison Blanche à l’avenir, pourrait faire pression sur le Maroc et d’autres pays qui lui sont liés pour qu’ils choisissent leur camp. Ses politiques passées ont déjà perturbé les chaînes commerciales mondiales et imposé des droits de douane drastiques sur les marchés émergents.

Véhicules électriques : le nouveau champ de bataille

Les véhicules électriques (VE), en particulier, sont devenus le dernier front du conflit commercial mondial.

Les constructeurs automobiles chinois souhaitent exporter leurs produits dans le monde entier. Ils occupent une position de leader dans la technologie des batteries, l’innovation et les logiciels, ainsi que dans la production rentable. Les États-Unis, l’Europe et d’autres pays repoussent les tarifs douaniers pour protéger leurs propres industries naissantes de véhicules électriques.

Le Maroc est l'alternative idéale. C’est un endroit où les entreprises chinoises peuvent construire des voitures localement, puis les exporter sous des étiquettes marocaines pour éviter des sanctions directes.

À bien des égards, le Maroc est devenu pour l’Europe ce que le Mexique était pour les États-Unis : une base de fabrication « nearshore » pour les constructeurs automobiles étrangers.

Croissance réelle, investissement réel

L’impact économique des enjeux politiques élevés est réel. Les investissements chinois au Maroc stimulent la création d’emplois, l’expansion industrielle et les améliorations technologiques.

Les développements récents comprennent :

La gigafactory de Gotion High-Tech devrait devenir un projet de 6.5 milliards de dollars

La nouvelle usine de Sentury Tire à Tanger Tech City fait partie d'un ambitieux cluster prévu pour 200 entreprises chinoises

Jorf Lasfar est une plaque tournante de la fabrication de composants pour véhicules électriques.

Ces projets aident le Maroc à évoluer vers des technologies vertes et une production avancée, des objectifs qui s’alignent sur la vision économique plus large du pays.

Quels sont les risques à venir ?

Les risques demeurent néanmoins importants. Le Maroc ne pourra maintenir sa position de pays connecté que si les puissances mondiales le laissent jouer sur les deux tableaux. Si les États-Unis renforcent leur emprise sur leur politique commerciale, le Maroc pourrait être contraint de limiter sa collaboration avec la Chine.

Se pose également la question de savoir si ces usines serviront de chaînes d’assemblage principalement pour les produits chinois ou si elles créeront une réelle valeur pour les ingénieurs, les ouvriers et les fournisseurs marocains ?

La danse délicate du Maroc

La présence croissante de la Chine au Maroc a plus à voir avec la stratégie qu’avec l’économie. Le Maroc intervient en tant que fragmenteur du commerce mondial et d’autres pays l’utilisent comme intermédiaires.

Ce rôle n’est pas sans risques. Le Maroc doit s’assurer que ses ambitions économiques ne compromettent pas ses relations avec d’autres pays, notamment les États-Unis.

Le Maroc continue de trouver l’équilibre entre les deux : accueillir la capitale chinoise et garder ses portes ouvertes vers l’ouest. Son avenir économique et sa place dans un ordre mondial en évolution seront déterminés par sa capacité à maintenir l’équilibre dans les années à venir.

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